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Courbes de l’oubli (en pointillés blancs), courbe de l’apprentissage (en pointillés noir) et courbe de la Méthode des J (en blanc)

J’ai découvert la Méthode des J lors de ma 2e tentative au concours de médecine (PACES à l’époque) et je me suis passionné pour ce sujet. Si j’en avais entendu parler dès ma première tentative, ma façon de travailler aurait été optimisée dès le départ. C’est pour ça que je me bats actuellement pour que tous les étudiants en entendent parler et choisissent si oui ou non ils désirent recourir à une telle méthode.

1 – La Méthode des J, qu’est-ce que c’est ?

J veut dire Jour, donc la Méthode des J c’est la méthode des jours. Le principe est de faire plusieurs piqûres de rappel sur chacun des cours du programme à des intervalles calculés en jours à partir du jour du cours appelé J0. Par exemple J1 désigne une piqûre de rappel à réaliser le lendemain du cours. J0 peut également désigner un premier apprentissage réalisé le jour même après les cours. J7 est une piqûre de rappel réalisée une semaine après le cours.

J veut dire Jour, donc la Méthode des J c’est la méthode des jours. Le principe est de faire plusieurs piqûres de rappel sur chacun des cours du programme à des intervalles calculés en jours à partir du jour du cours. Par exemple J0 peut désigner un premier apprentissage réalisé le jour même après les cours. J1 désigne une piqûre de rappel à réaliser le lendemain du cours. J7 est une piqûre de rappel réalisée une semaine après le cours.

Il existe plusieurs variantes de la Méthode des J. On peut en fait en créer une infinité. Pour cette raison nous allons commencer par voir les fondements scientifiques de la connaissance de la mémoire à long terme pour mieux comprendre comment choisir une version efficace de la Méthode des J.

2 – Sur quels principes scientifiques repose la Méthode des J

2.1 La courbe de l’oublie

En 1885 un des pères de la psychologie, Hermann Ebbinghaus, a démontré grâce à une expérience très bien ficelée et très fiable (elle a été répliquée plusieurs fois avec des résultats similaires) que tout apprentissage laisse une trace dans la mémoire qui s’estompe très rapidement avec le temps. Il en a déduit une approximation mathématique robuste : l’oubli suit une vitesse de décroissance exponentielle (ou très proche). 

2.2 Comment lutter efficacement contre l’oubli : l’effet d’espacement

Depuis d’Hermann Ebbinghaus, des centaines de travaux de recherche ont été entrepris pour explorer le fonctionnement de la mémoire humaine. La plupart étudie comment un apprentissage nouveau et simple s’opère et se comporte dans la mémoire de dizaines ou de centaines de sujets se prêtant à l’expérience. Ses données accumulées sont colossales et nous permettent d’avoir un certain nombre de certitudes sur la mémoire et l’apprentissage.

L’ensemble de ces travaux concourent à démontrer un phénomène quasi universel : fractionner l’apprentissage en séances courtes réparties dans le temps permet de bien meilleures performances à long terme que de concentrer son apprentissage en de longues séances peu fréquentes. On appelle l’effet bénéfique d’étaler dans le temps son apprentissage l’effet d’espacement et à l’inverse, on parle d’apprentissage “massé” pour désigner la concentration du travail en un moment unique.

Il s’agit là de grands principes : un apprentissage massé à l’extrême est une longue séance ininterrompue de travail. Mais il n’y a pas de limite dans le fractionnement du travail et plusieurs façons de répartir plusieurs séances dans le temps.

2.3 Des révisions de plus en plus espacées pour une mémorisation optimale

En 1927, un chercheur nommé Tsaï publie des travaux sur un algorithme prédictif  d’un apprentissage optimale. L’ancêtre de la Méthode des J était né. La méthode des J est une façon d’optimiser l’effet d’espacement grâce à des intervalles de temps de plus en plus grands. Cette stratégie a très largement fait ses preuves pour un autre type de mémoire : la mémoire immunitaire. C’est selon ce principe que sont organisées les piqûres de rappel des vaccins, afin que le système immunitaire se rappelle comment se défendre contre un virus précis.

La mémoire immunologique se renforce grâce à des piqûres de rappel de plus en plus espacée “Les bases immunologiques de la vaccination”, Organisation Mondiale de la Santé, 1993

Les travaux de recherches tendent à montrer que des révisions de plus en plus espacées permettent une meilleure mémorisation que des révisions régulières. Au-delà de ces travaux, un simple raisonnement mathématique permet de comprendre la supériorité des piqûres de rappel de plus en plus espacées. Dans la “vraie vie”, lorsqu’on poursuit des études par exemples, nous avons toujours de nouvelles choses à apprendre. Nous n’avons pas le temps de revenir à intervalle régulier sur tous nos apprentissages, ça ferait exploser nos emplois du temps ! Par contre, avec des piqûres de rappel de plus en plus espacées, le temps dédié à l’entretien d’un cours dans la mémoire devient de plus en plus faible, ce qui laisse le temps d’apprendre de nouveaux cours.

2.3 Emilie Gerbier : la chercheuse française spécialiste de la Méthode des J

Mes recherches sur les fondements scientifiques de la Méthode des J m’ont conduites à identifier la seule chercheuse française à avoir réalisé une thèse sur précisément sur ce sujet : Emilie Gerbier. Les termes scientifiques étant différents, il n’a pas été évident de recouper les faits. Pour la petite histoire, Emilie Gerbier a réussi le concours de médecine en primante (c’est-à-dire du premier coup), puis a quitté le cursus de médecine pour se tourner vers une discipline qui l’attirait plus : les sciences cognitives.

2.4 Les nombreux noms de la Méthode des J

Comme nous venons de le voir, les scientifiques n’utilisent pas le terme de Méthode des J. Emilie Gerbier, dans sa thèse, parle d’agencement expansif. Un autre terme scientifique plus explicite : les révisions de plus en plus espacées. Pour ceux qui le connaissent, Stanislas Dehaene, le Directeur du Conseil Scientifique de l’Education Nationale, présente ce principe dans un cours donné au Collège de France : la mémoire et son optimisation (voir à partir de 0h58min). Les anglophones ont leur propre terme pour parler de cette méthode : le spaced learning. On trouve l’équivalent en français, les répétitions espacées.

3 – Quelle Méthode des J choisir ?

Mes recherches sur l’utilisation de la Méthode des J m’ont amené à en identifier trois versions différentes de la Méthode des J utilisées par les étudiants de médecine.

 

3.1 Les piqûres de rappel clés

J0

La Méthode des J est d’abord pensée pour les étudiants qui vont en cours. La première piqûre de rappel clé est donc de retravailler le soir les cours de la journée. C’est l’occasion de s’assurer qu’on a compris l’objectif du cours, ses grandes parties et les grandes notions abordées. En révisant le jour même, on évite d’oublier trop d’informations et on s’assure une meilleure maîtrise du cours.

” En fac de droit, ce qui m’a beaucoup aidé, ce que j’ai pas fait les premières années, c’était de relire les cours. Tout le monde me disait “Il faut que tu relises tes cours” et je prenais pas le temps . Quand on est au milieu de l’année et qu’il faut relire les cours depuis le début c’est foutu. Donc moi ce que je fais vraiment, j’ai un cours le jour le soir même je le relis pour le mettre en page et pour que l’idée reste quelque part dans ma mémoire plus lointaine. Et en fait j’ai commencé à faire ça à partir de la troisième année et j’ai vu mes résultats vraiment augmenter.

 

Ecouter le témoignage complet de Rachel

Rachel

Master 2 de Droit, Faculté de Poitiers

J1 (ou éventuellement J2)

Pour bien comprendre pourquoi faire une piqûre à J1 est si important, il faut revenir sur la courbe de l’oubli d’Hermann Ebbinghaus. Jusqu’à maintenant vous l’avez vue représentée sous la forme d’une décroissance exponentielle bien régulière. En fait la mesure précise de l’oubli montre un ressaut des performances à J1. Ceci correspond à l’effet spectaculaire du sommeil sur la consolidation de la mémoire. Réviser le lendemain de son cours permet de profiter de cet effet du sommeil. Attention, le manque de sommeil est avéré comme néfaste sur la mémorisation.

Véritable courbe de l’oubli et ses différentes réplications sur une échelle logarithmique (voir Murre & Dros, 2015)

3.2 Version 1 : J0 J1 J3 J7 J15 J30

Origine de la version

C’est la première version que j’ai découverte grâce à un PDF acheté sur le site réussirmavie.net dans un guide méthodologique pour réussir médecine.

Ce guide a été rédigé par un médecin, Dr Chantal Régnier, qui a accompagné des étudiants dans la préparation du concours de la 1ère année de médecine.

Comment calculer les J

Cet algorithme part du postulat que la demi-vie de l’apprentissage initiale est d’un jour et que cette demi-vie double à chaque révision. J’ai longtemps cherché des preuves scientifiques de l’existence de ces postulats mais je ne les ai pas trouvées. Néanmoins en déroulant la logique défendue par le docteur Chantal Régnier, l’avantage est de pouvoir rallonger ou raccourcir le nombre de J en doublant l’espacement entre chaque révision.

Pour calculer les J, il suffit de dérouler les puissances de 2 (1;2;4;8;16;32;…) et de soustraire 1. 

3.3 Version 2 : J0 J2 J5 J14

Origine de la version

Aude est une étudiante de médecine de Rouen qui est sortie major du concours en 2017. Elle explique dans un cours mis en ligne sur reussirmapaces.fr qu’elle a utilisé sa propre version de la méthode des J.

Comment calculer les J

Aude est partie de la version 1 de la Méthode des J en identifiant deux points faibles. Selon elle, la première semaine demande trop de piqûres de rappel et une piqûre de rappel de moins serait possible. Deuxième constat qui est à mon avis le plus important : les J7, J14, J31 tombent le même jour de la semaine que le J0 ce qui a tendance à charger le travail en semaine.

Comme l’apprentissage a déjà commencé à s’ancrer dans la mémoire la première semaine, il est bien plus intéressant de déplacer les piqûres de rappel ultérieures sur les week end : ça permet d’équilibrer la charge de travail entre semaine et weekend. Pour elle aussi les rappels au-delà du J14 étaient superflus. Elle ne les a pas effectuées car elle n’en ressentait pas le besoin.

Pour résumer le J0 est maintenu, le J2 remplace les J1 et J3, le J5 permet de tomber le weekend et le J14 est l’ultime piqûre de rappel (avant la période de révision).

3.4 Version 3 : J0 J3 J10 J30

C’est une version que j’ai rencontré sur internet. Je n’ai pu en établir ni l’origine ni la logique. Elle respecte néanmoins la règle de répétitions de plus en plus espacées. Comme elle présente moins de révisions, l’effet d’espacement est moins efficace. Elle est à mon avis à réserver pour des apprentissages faciles ou d’importance secondaire.

4 – Comment mettre en place la méthode des J

4.1 Solution 1 : faire des croix

Cette solution toute simple est extrêmement intelligente. Elle m’a été soufflée par une étudiante que je coachais pour sa préparation au concours de la PACES. Tout simplement en faisant une croix sur son cours à chaque fois qu’on le révise, on est capable de savoir combien de fois on l’a vu. C’est primordial car notre cerveau est incapable de faire le compte du nombre de piqûres de rappel par cours alors que c’est un puissant indicateur de réussite (c’est le fameux effet d’espacement). La limite est qu’on ne planifie pas ses révisions donc on manque de rigueur et les espacements ne sont pas contrôlés. En plus on ne peut pas facilement comparer le nombre de révisions réalisées entre les différents cours pour équilibrer au mieux son temps de travail. Un agenda où on programme les piqûres de rappel est donc un bon complément.

4.2 Solution 2 : utiliser un tableur Excel

C’est la solution que j’ai adopté pour aider ma petite amie à réussir sa PACES lorsque j’étais dans une autre ville. Je lui ai construit une feuille de calcul démente pour sa période de révisions : elle savait exactement quoi réviser et combien de temps. Tout son programme scolaire était intégré et un moteur de calcul gérait même le coefficient de chaque cours de chaque matière. L’inconvénient est le temps de construction d’un tel système. J’y ai passé des semaines (j’étais très amoureux). Le résultat : elle a été super efficace ce qui l’a sauvé de l’échec.

On peut évidemment construire des feuilles de calcul plus simples. 

4.3 Solution 3 : utiliser une appli

Les outils numériques ont deux avantages : ils calculent bien plus vite que nous et ils n’oublient pas. Plusieurs tentatives d’adaptation de la Méthode des J existent. SegmoApp est une application développée par une prépa, Segmo, située à Rouen. Puissance J est une appli portable. L’avantage de ces solutions c’est qu’elles sont gratuites.

J’ai monté ma propre équipe pour développer une application plus complète, plus conviviale et plus performante – Réviser avec N’oublie Jamais. Avant de vous en parler je souhaite aborder les limites de la Méthode des J.

5 – Les limites de la méthode des J

5.1 Les illusions d’apprentissage limitent l’adoption de la Méthode des J

Les illusions d’apprentissage sont très étudiées par les chercheurs en sciences cognitives spécialistes de l’apprentissage. Ces illusions conduisent les étudiants à éviter les méthodes de travail vraiment efficaces et à préférer des méthodes “placebo”, de moindre efficacité.

L’illusion d’apprendre en ne fractionnant pas son temps de travail

Lorsqu’on passe des heures d’affilé sur un même cours, on a l’impression de beaucoup progresser. Comme on n’a pas de sens pour percevoir l’oubli et l’effacement progressif des apprentissages stockés en mémoire à court terme, on a l’impression d’être très efficace en restant longtemps sur le même cours, le même chapitre, la même matière, etc. C’est une illusion qui conduit à surestimer son apprentissage et ses performances à venir. Il suffit de se rappeler de tout ce qu’on a oublié après avoir bachoté intensément pour s’en rendre compte. Mais cette illusion est tellement forte que tous les étudiants continuent de bachoter. 

L’illusion de ne pas apprendre en utilisant la Méthode des J

Deux raisons l’expliquent :

  1. Les piqûres de rappel de plus en plus espacées interviennent toujours après une période d’oubli. Chaque piqûre de rappel nous rappel qu’on a oublié des informations sur le cours.
  2. Comme les séances de travail sont plus courtes, on n’a pas le temps de se plonger dans les profondeurs du cours. Ca fait paniquer certains étudiants  qui décrochent à cause de ça.

Les chercheurs en sciences cognitives ont démontré qu’avec une mémorisation construite avec l’effet d’espacement, l’accès aux apprentissage est de plus en plus rapide. Ca permet d’assurer des piqûres de rappel de plus en plus courtes et d’être de plus en plus performant. En plus, avec une bonne stratégie, on peut rapidement cibler les lacunes du cours et concentrer son temps de travail sur la bonne partie du cours. Je ferai bientôt un article là-dessus.

5.2 La rigidité du modèle du base

Pourquoi les étudiants décrochent

Les illusions d’apprentissage ne sont pas les seuls freins à la mise en œuvre de la Méthode des J. Beaucoup d’étudiants essaient de s’y mettre et décrochent rapidement. Pourquoi ? Il faut être discipliné pour respecter les règles des J de base. Et rien ne précise ce qu’on doit faire si on y déroge. J’ai raté mon J1, qu’est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois recommencer à 0 ? J’ai trop de piqûres de rappel aujourd’hui. Je dois mettre lesquelles en priorité ? Je me retrouve avec 15 piqûres de révisions. Est-ce que je vais y arriver ?

Toutes ces questions trouvent une réponse évidente une fois qu’on a des bases sur la compréhension des mécanismes sous-jacents, ce qui passe par l’étude de quelques notions de bases sur l’apprentissage qui ne sont hélas pas enseignées aux étudiants.

C’est pourquoi à N’oublie Jamais nous travaillons à la conception d’une formation “Apprendre à apprendre” pour maîtriser ces notions.

Pourquoi un modèle souple pourrait être encore plus puissant

Si nous sommes certains que les révisions de plus en plus espacées représentent le fondement d’un apprentissage efficace, il y a une infinité d’organisations possibles. La Méthode des J, ou plutôt les Méthodes des J, devraient profiter de cette liberté pour s’adapter à nos disponibilités, à l’état relatif de connaissance de nos cours et à l’importance relative de nos cours. Néanmoins je déconseille aux débutants de déroger au modèle de base. Il faut commencer par se discipliner avant de pouvoir se laisser du lest.

Garder en vue les spécificités de chaque cours qu’on apprend : son importance et sa difficulté

Je recommande aux étudiants que je suis de construire un tableau pour calculer le poids relatif des cours selon le coefficient de la matière et la durée de chaque cours dans cette matière. On peut ainsi calculer la valeur approximative d’un cours et adapter le temps qu’on y consacre.

L’idéal serait un système qui permette de construire des piqûres de rappel de plus en plus espacées à la fois :

  • avec plus de souplesse pour s’adapter à notre emploi du temps et ne pas paniquer si on rate une piqûre de rappel
  • avec une adaptation à notre niveau de maîtrise du cours à chaque piqûre de rappel

Enfin, réviser au bon moment est une chose, réviser correctement en est une autre. C’est bien de faire des piqûres de rappel mais il faut s’assurer de la qualité du vaccin qui est dans la seringue, sinon c’est improductif. Autrement dit, la Méthode des J se focalise sur l’aspect planification de l’apprentissage, qui a démontré un effet majeur sur l’apprentissage.

Le résultat dépend de ce qu’on fait à chaque piqûre de rappel

Pour être vraiment optimal il faut également traiter la qualité de chaque piqûre de rappel, dont l’élément essentiel a aussi été identifié par les chercheurs en sciences cognitives : c’est l’effet de récupération. Je traiterai ce sujet dans un prochain article. En attendant, vous pouvez lire mon article qui traite des étapes à suivre à chaque piqûre de rappel.

6 – Pour aller plus loin

sNous avons développé notre application Réviser avec N’oublie Jamais pour répondre à ces besoins et nous publierons bientôt une formation en ligne présentée par Alice Latimier, docteur en sciences cognitives spécialiste de l’optimisation de l’apprentissage, pour vous délivrer les meilleures connaissances issues de la recherche.

D’ici là je vous invite à poster vos commentaires et à partager cet article à tous ceux qui ont besoin d’une méthode efficace pour apprendre.

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