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Quels conseils donner aux étudiants en difficulté

Illustration d'une étudiante en difficulté

Pour accompagner les étudiants dans leurs apprentissages, nous proposons un sondage en ligne pour faire le bilan sur leurs méthodes d’apprentissage et sur leur réussite. Nous avons proposé ce bilan aux 42 000 inscrits à notre application « Réviser avec N’oublie Jamais ».

Dans cet article, nous dressons un état des lieux d’après les 378 premiers bilans effectués par ces étudiants aux profils variés. La grande majorité des répondants (62,6%) sont inscrits en licence (L1, L2, ou L3), alors qu’un quart sont au lycée et 12% au niveau master ; et parmi ces étudiants, 44% suivent un parcours d’études dans le domaine de la santé (ex : PASS, médecine, pharmacie, …).

Ils nous ont fait part de leurs espoirs et de leurs difficultés. Nous allons relier les informations recueillies à des données scientifiques issues de la recherche en sciences cognitives, afin de proposer des pistes de réflexion et des solutions concrètes et applicables pour faciliter les apprentissages des étudiants.

Dans notre article, l’exemple de Rébecca (nous avons changé son prénom), dont le bilan reflète celui de tant d’autres étudiants, nous servira de fil conducteur.

Sommaire

L’histoire emblématique de Rebecca, une étudiante studieuse en difficulté

Dans notre échantillon, nous retrouvons des étudiants comme Rébecca, une jeune étudiante en PASS à Nantes.

Quelles informations nous donne le bilan de Rébecca ?

Tout d’abord qu’elle affiche de remarquables objectifs pour sa vie professionnelle : elle veut réaliser le métier de ses rêves en vivant de sa passion, faire la fierté de sa famille tout en gagnant correctement sa vie.

Mais Rébecca est très inquiète car elle estime avoir complètement raté son semestre : elle se note à 0/20. Mais comment Rébecca est-elle arrivée à un tel sentiment d’échec ? Elle faisait pourtant partie des étudiants qui ont le plus travaillé pour réviser, c’est-à-dire plus de 40 heures par semaine !

Comment expliquer le fait qu’en travaillant 40 heures par semaine sur ses cours, Rébecca estime avoir échoué à son semestre ?

 

 La méthode de travail de Rébecca

Pour mettre à profit son temps, elle s’est fiée à son intuition et aux habitudes des années précédentes. Elle a donc recopié ses cours et fait des fiches avec les notions clés. Elle avait aussi prévu de mettre en place une stratégie de planification répandue en médecine : la Méthode des J.  Mais finalement elle ne l’a pas fait. 

 Les freins qui entravent son apprentissage

Aujourd’hui, sa principale entrave à l’apprentissage semble être l’anxiété. Elle se sent en difficulté pour rester motivée jusqu’à atteindre ses objectifs, mais aussi pour rester concentrée, comprendre des notions complexes, et apprendre profondément et durablement de nouvelles connaissances.

 

Une étudiante comme tant d’autres

L’histoire de Rébecca est typique de celle de nombreux étudiants de PASS et autres filières : ils sont travailleurs et impliqués, mais leurs efforts ne semblent pas leurs fruits et l’efficacité n’est pas au rendez-vous.

Cela confirme notre conviction en tant qu’organisme de formation : qu’importent l’âge et la filière, beaucoup d’étudiants sont démunis et peinent à faire face à leurs difficultés pour réussir. Ils ne trouvent que rarement de réponse dans le cadre de leurs formations sur la « bonne manière d’apprendre ». Ils ont donc véritablement besoin d’être outillés pour répondre aux défis de l’apprentissage et reprendre confiance en eux.

À la loupe 1 : Comment s’y prennent les étudiants pour apprendre ?

Dans notre bilan, nous avons invité les étudiants à sélectionner leurs méthodes de révisions parmi une liste de 8 propositions. Nous avons recueilli 329 réponses pour cette question.

Que pouvons-nous déduire des résultats à la lumière des travaux de recherche sur l’optimisation de l’apprentissage ?

Méthodes de révisions des étudiants

Classement des méthodes d’apprentissage de la plus fréquemment utilisée à la moins fréquemment utilisée par l’échantillon d’étudiants

Une nette préférence pour la relecture


Le résultat est cohérent avec le constat fait dans la littérature scientifique en science de l’apprentissage : la méthode de révision qui remporte le plus de succès consiste à relire et surligner, puisque ¾ des étudiants interrogés utilisent cette méthode de révision… méthode considérée aussi comme la moins efficace pour la recherche scientifique
1 !

Mais quel est le problème avec la relecture ? 


Il s’avère que les étudiants ont tendance à penser que les méthodes qui demandent peu d’effort et qui donnent une impression de stockage immédiat en mémoire sont celles qui vont effectivement leur permettre d’avoir de bonnes performances lors d’un examen. Pourtant, des décennies de travaux sur l’optimisation de l’apprentissage ont montré que les méthodes de révision qui promeuvent une rétention des connaissances à long terme sont en général celles qui engendrent un certain effort, et donc un engagement actif 
2,3.

L’engagement actif peu sollicité pour réviser


Seulement 16% des étudiants interrogés semblent utiliser les 
flashcards pour réviser, une méthode de consolidation en mémoire simple à mettre en place et dont l’efficacité est éprouvée par les données scientifiques 4.

D’autres méthodes efficaces comme expliquer ou réciter ses cours ne sont utilisées que par 1/3 des étudiants interrogés, ce qui montre qu’elles ne font pas l’unanimité.

La place de l’autoévaluation pour mieux apprendre


La bonne nouvelle de notre sondage est que la mise en pratique des connaissances par des exercices remporte la seconde place ! Cette méthode est en général surtout envisagée comme outil de vérification du niveau des connaissances et de maîtrise pour mieux réguler les révisions 
5.

Grâce à cette méthode, l’apprenant vérifie ce qu’il a vraiment compris. Des corrections et explications qui suivent immédiatement lui permettent de réajuster ses connaissances et ainsi revenir sur les points clés du cours non maîtrisés et cela contribue ainsi à éviter les « illusions de maîtrise », c’est-à-dire le sentiment de « savoir » et donc éviter d’être trop confiant sur ses propres capacités de réussite lors d’un examen 6.

Type de méthode d’apprentissage : quels conseils donner ?

Il est important de faire la distinction entre :

  • des méthodes d’apprentissage dites « actives » qui imposent un effort de récupération en mémoire des connaissances du cours pour les consolider ;
  • et les méthodes dites « passives » qui ne génèrent pas cet engagement cognitif et sont contre productives. Même si elles procurent un « sentiment de savoir », il ne faut pas se fier à elles !

Références « A la loupe 1 » :

  1. Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J., & Willingham, D. T. (2013). Improving Students’ Learning With Effective Learning Techniques: Promising Directions From Cognitive and Educational Psychology. Psychological Science in the Public Interest: A Journal of the American Psychological Society14(1), 4–58. Lire
  2. Weinstein, Yana, Madan, C. R., & Sumeracki, M. A. (2018). Teaching the science of learning. Cognitive Research: Principles and Implications3(1), 2. Lire
  3. Latimier, A. (mai 2020). Comment « Mieux Apprendre » pour consolider les apprentissages scolaires ? Magazine CANOPÉ (Réseau CANOPÉ). Lire
  4. Roediger, H. L., Ill, & Karpicke, J. D. (2006).Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science17, 249-255. Lire
  5. Quigley, A., Muijs, D., Stringer, E. (2020). Seven recommendations for teaching self-regulated learning & metacognition. Guidance Report for Education Endowment Foundation. Lire
  6. Brown P.C., Roediger H.L., McDaniel M.A. (2014). Mets-toi ça dans la tête ! Les stratégies d’apprentissage à la lumière des sciences cognitives, Genève (Suisse), Markus Haller (nouv. éd. 2016).

À la loupe 2 : Comment les étudiants choisissent-ils leurs méthodes d’apprentissage ?​

Dans notre sondage, nous avons demandé aux étudiants sur quels critères ils orientaient leur choix vers telles ou telles méthodes de révisions.

Que pouvons-nous déduire des résultats à la lumière des sciences cognitives ?

Choix de méthodes

Critères de sélection des méthodes de révision utilisés par l’échantillon d’étudiants

Pour apprendre, les étudiants se reposent sur leur intuition

Suivre son intuition et réutiliser les mêmes méthodes de révision d’année en année, et notamment la relecture, reste la principale démarche des étudiants. Pourtant, tout comme Rébecca, ils sont nombreux à constater des difficultés à maintenir leur motivation, leur concentration, et ne sont pas toujours satisfaits de leurs performances malgré un investissement personnel important et de nombreuses heures passées à réviser. Remettre en question ses propres méthodes d’apprentissage et utiliser des outils d’autoévaluation qui aident à se confronter à notre niveau réel de maîtrise des connaissances est une bonne conduite à adopter pour se rendre compte des limites de certaines stratégies et se décider à enfin changer ses habitudes de travail 1,2

Pour apprendre, les étudiants se fient à des « neuromythes » 

Presque 50% des étudiants interrogés estiment se baser sur leur style d’apprentissage pour choisir une méthode de travail. Or, à ce jour, il n’existe aucune preuve scientifique démontrant 1) la véritable existence de ces styles d’apprentissage, et 2) l’efficacité de choisir un mode plutôt qu’un autre pour apprendre 3. En revanche, il peut tout à fait exister une préférence pour un mode sensoriel particulier, mais cela est subjectif. Même si la démarche part sans doute d’une bonne intention d’optimiser sa réussite, cette prise de décision repose sur ce qu’on appelle un « neuromythe », des croyances en contradiction avec les découvertes scientifiques sur le fonctionnement du cerveau et sur l’apprentissage 4.

Le niveau de preuve d’efficacité qui est laissé de côté…

Une minorité des étudiants interrogés se basent justement sur la fiabilité des méthodes pour apprendre et réussir. Il est donc grand temps de fournir des ressources et outils pédagogiques robustes reposant sur des données fiables et favorisant le « savoir apprendre ». La bonne nouvelle c’est que nous disposons de nombreux travaux prouvant l’efficacité de certaines méthodes d’apprentissage dans divers contextes, sur une grande variété de contenus et de populations d’apprenants 5. Les effets de récupération en mémoire et d’espacement des révisions dans le temps sont notamment les deux méthodes ayant démontré un bénéfice important pour réussir avec un niveau de preuve élevé, et sont donc fortement recommandées par les spécialistes de l’apprentissage. Ces méthodes vont produire ce qu’on appelle des « difficultés désirables » 6.

…mais de nombreux étudiants disent utiliser au moins une méthode d’apprentissage à haut niveau de recommandation.

Sur la base de leurs réponses à ces questions sur le choix des méthodes d’apprentissage, nous avons fait la distinction entre les méthodes d’apprentissage dont l’efficacité a été éprouvée scientifiquement avec suffisamment de preuves à l’appui et les méthodes qui au contraire ne sont pas « recommandées » par la communauté des spécialistes de l’optimisation de l’apprentissage afin de permettre une consolidation optimale des connaissances7.

Nous retrouvons la récupération en mémoire, mais aussi la mise en place d’un planning de révisions espacées dans le temps. Vraisemblablement, sur 290 réponses à cette question, 58% des étudiants interrogés utilisent au moins une de ces deux méthodes hautement recommandées, 17% utilisent au moins une des deux, et 25% rapportent ne pas utiliser ces méthodes.

Utilisation des méthodes recommandées

Choix des méthodes d’apprentissage : quels conseils donner ?

Il peut être utile de se laisser la liberté d’expérimenter différentes méthodes pour sélectionner celles qui offrent un véritable bénéfice pour consolider et mobiliser de nouvelles connaissances.

Ainsi, il faut se baser sur des indices fiables et objectifs de ces bénéfices (ex : l’autoévaluation par QCM), et valider le choix de telle ou telle méthode après l’avoir testée de manière systématique et suffisamment longtemps pour être témoin de bénéfices à long terme. Cela va de pair avec la vérification de la validité scientifique de ces outils et méthodes.

Références « A la loupe 2 » :

  1. Kornell, N. and Bjork, R. A. (2007) The promise and perils of self-regulated study’, Psychonomic Bulletin and Review, 14, p. 219. Lire
  2. Matheson, I. and Hutchinson, N. L’autorégulation, l’auto-efficacité et la mentalité au sein de l’apprentissage. Article en ligne sur site Web de TA@l’école. Lire
  3. Marshik, T. (2015) Learning styles & the importance of critical self-reflection Conférence TEDxUWLaCrosse. Regarder
  4. Elena Pasquinelli (Mars 2012). Les neuromythes. Conférence « Savoirs ENS » dans le cadre de La Semaine du Cerveau. Regarder
  5. Roediger H.L. (2013). Applying Cognitive Psychology to Education Translational Educational Science. Psychological Science in the Public Interest, vol. 14, n° 1, p. 1-3 Lire
  6. Bjork, R. (2015). Using Desirable Difficulties to Enhance Learning. Siteweb Lasting Learning. Regarder
  7. Ramus, F (Décembre 2018). Tout ce que vous avez toujours su sur l’éducation et qui est faux. Conférence TEDxClermont. Regarder

Pour vous aider à sélectionner vos méthodes d’apprentissage :

  • La Fonchais (de) B. (2014). Mémoire : comment réviser efficacement ses cours en période d’examen. Artile en ligne sur CortexMag Lire
  • Ressources pédagogiques traduites en français du site The Learning ScientistsIci

À la loupe 3 : Comment les étudiants organisent-ils leurs révisions ?​

Dans la continuité des questions sur les méthodes d’apprentissage utilisées par notre échantillon d’étudiants (N=329), nous leur avons également demandé quelles méthodes ils avaient prévu d’utiliser pour planifier leurs révisions, et celles réellement utilisées (réponses multiples).

Regardons à la loupe la comparaison entre leur objectif de planification et leur capacité à concrétiser cet objectif.

Objectifs de planification

Objectifs de planification des révisions de l’échantillon d’étudiants
(prévues versus réellement utilisées)

Un décalage entre « ce que je souhaite faire » pour réviser et « ce que je mets vraiment en place »


Un premier résultat frappant est le décalage entre méthodes « prévues » et « réellement utilisées » pour la proposition « aucune ou improviser au jour le jour ». Alors qu’un quart envisageait de ne rien planifier ou bien d’improviser le moment venu, ils sont finalement une moitié à ne rien mettre en place comme programme de révision.

Il y a donc un certain désir de faire bien en évitant de ne rien faire, mais apparemment il est difficile, pour certains étudiants, de mettre en place ce qui était prévu. En miroir des résultats pour cette première catégorie de réponse, la moitié désirait mettre en place un planning de révisions pour chaque semaine, alors qu’un tiers, environ, dit avoir concrétisé cet objectif. Ce qui montre qu’ils comprennent la nécessité de mettre en place un planning de révisions, mais que le passage à l’action ne semble pas se faire. En revanche, le planning envisagé pour chaque jour semble plus réaliste. Enfin, utiliser des méthodes plus spécifiques de planification, type méthode des J ou une application numérique de planification ne semble pas être la méthode de prédilection malgré un désir de les utiliser.

Quels facteurs peuvent entraver le passage à l’action ?  


Nous n’avons pas de réponse claire à cette problématique, mais nous pouvons émettre plusieurs hypothèses. Cela peut être à cause d’un comportement de procrastination, ou par manque d’anticipation et de temps, de motivation, mais aussi à cause de la difficulté à gérer la quantité de contenu trop conséquent, ou par méconnaissance d’outils d’aide à la planification, tout simplement.
 

Pourquoi est-il important de planifier ses révisions ?


L’apprentissage est un processus dynamique correspondant à un changement plus ou moins permanent de notre comportement et de notre cognition par le biais de l’acquisition de nouvelles informations stockées en mémoire. La mémoire est intimement liée à ce processus puisqu’elle correspond à la persistance des informations acquises lors de nouvelles expériences dans le but d’une utilisation ultérieure.

En psychologie cognitive, le processus d’apprentissage peut être représenté par trois étapes successives que sont l’encodage, le stockage, et la récupération. L’oubli suit ce qu’on appelle une « décroissance exponentielle », autrement dit, sans piqûres de rappel nous sommes condamnés à oublier les connaissances encodées (travaux précurseurs d’Ebbinghaus). Les travaux de recherche ont démontré que le succès d’un apprentissage est principalement dépendant de la réactivation régulière de l’information, et ce dans des situations variées pour favoriser le transfert des connaissances.

Comment planifier des révisions dans le temps ?


Des piqûres de rappel fixées à des moments précis pour remobiliser la connaissance jusqu’à l’échéance (en général l’examen) sont donc l’unique moyen de consolider les traces d’un apprentissage en mémoire sur le long terme. L’apprentissage par espacement dans le temps est la méthode idéale pour planifier les piqûres de rappel ! En effet, en laissant reposer les connaissances durant un certain laps de temps, l’ancrage en mémoire est d’autant plus efficace, notamment grâce au processus de consolidation s’effectuant durant le sommeil. Et c’est au moment où une connaissance est proche d’être oubliée qu’il est le plus bénéfique de faire un effort de récupération en mémoire, de manière à favoriser son ancrage en mémoire plus fortement et plus durablement.

L’espacement des piqûres de rappel peut se faire à intervalles réguliers (planning uniforme), ou bien à intervalles de plus en plus espacés jusqu’à l’examen (planning expansif). Ces deux types de planning ont leurs avantages et seraient tout aussi efficaces pour la rétention des connaissances, néanmoins le planning expansif est certainement plus « pratique » à utiliser. En planifiant les piqûres de rappel sur différents contenus, l’apprenant met en place une stratégie intéressante d’apprentissage que l’on appelle entremêlement ou alternance.

Planifier ses révisions : quels conseils donner ?

Concentrer les révisions dans le temps à un instant précis, c’est-à-dire bachoter, est contre-productif.

En revanche, planifier ses révisions en les distribuant dans le temps permet non seulement d’ancrer ses connaissances, mais aussi de mieux gérer les échéances et ainsi d’éviter de se retrouver noyée sous la quantité de contenus et le stress en période d’examen. L’apprenant se sentira plus confiant en anticipant vos révisions sur la durée.

De plus, se faire un planning de récupération en mémoire espacé dans le temps à l’aide de quiz réguliers avec la combinaison de deux méthodes d’apprentissage efficaces dont les bénéfices ont été éprouvés scientifiquement. Pas besoin d’utiliser des outils de planification sophistiqués, il est possible de se créer un rétro planning, ou encore utiliser la méthode des J et notre application fait la planification pour vous !

Autre solution intéressante : tester des programmes tels que Anki et Mnemosyne qui permettent de créer des cartes du type « question-réponse » en intégrant un planning de répétition des connaissances espacées dans le temps. Des chercheurs anglophones ont aussi proposé un algorithme simplifié sous Excel pour étaler dans le temps la répétition des connaissances à l’échelle d’un trimestre ou même de l’année scolaire (Weinstein-Jones, F., & Weinstein, Y., 2017).

Références « A la loupe 3 » :

  • Vidéo par Open.osmosis « Qu’est-ce que la répétition espacée ? ». Regarder
  • Dehaene, S. « Trois conseils pour optimiser votre mémoire. France Culture ». Regarder
  • La Fonchais (de) B. (2014). Mémoire : comment réviser efficacement ses cours en période d’examen. Article en ligne sur CortexMag. Lire
  • Guilhem, P. Tout savoir sur la Méthode des J. Blog de N’oublie Jamais. Lire
  • Weinstein-Jones, F., & Weinstein, Y., 2017. Topic spacing spreadsheet for teachers [Excel macro]. Zenodo. Ici
  • Didier Goudeseune (25/06/19). Pistes et arguments en faveur de l’entremêlement dans l’enseignement et l’apprentissage. Blog Par Temps Clair. Lire
  • Kang, S. H. K. (2016). Spaced Repetition Promotes Efficient and Effective Learning Policy Implications for Instruction. Policy Insights from the Behavioral and Brain Sciences.
  • Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T., & Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354–380.
  • Weinstein, Y., Madan, C. R., & Sumeracki, M. A. (2018). Teaching the science of learning. Cognitive Research: Principles and Implications, 3(1), 2.

À la loupe 4 : Quelles sont les difficultés ressenties par les étudiants ?​

Nous nous sommes également intéressés aux sources principales de difficultés des étudiants pour apprendre, qu’elles soient liées à la situation sanitaire ou pas. Pour cela, nous leur avons d’abord demandé sous forme de question à choix multiples (N=237), puis nous avons proposé à certains d’entre eux de s’exprimer librement sur le sujet, en leur demandant d’indiquer LA plus grosse difficulté rencontrée (N=183).

Sur la base de leurs réponses à cette question, nous avons ensuite créé a posteriori des catégories de difficultés.

Que pouvons-nous déduire des résultats à la lumière des sciences cognitives ?

 

Les plus grandes difficultés rencontrées par les étudiants

Motivation et concentration ne sont pas au rendez-vous pour apprendre


Comme nous pouvons le voir, il n’y a pas un seul type de difficulté prédominante mais plutôt un mélange de diverses sources d’inconfort pour apprendre, ce qui rend le problème complexe et donc difficile à résoudre. Néanmoins, deux sources de difficultés semblent faire l’unanimité : une difficulté à maintenir une certaine motivation (voire tout simplement à « se » motiver), et une difficulté à être concentré et gérer plusieurs tâches/gérer son temps. Le fameux « vouloir apprendre » est absolument indispensable pour la réussite et l’autonomie en tant qu’apprenant. Le ressenti de ces deux sources de difficulté mène sans doute à une 3ème difficulté de notre échantillon : apprendre profondément et durablement, ajoutée à peu de ressources pour « savoir apprendre ».


Se motiver par l’effort

 

Mais quels sont les ingrédients qui favorisent la motivation et qui fournissent le moteur pour apprendre ? La motivation est un processus très important mais complexe dans le cadre de l’apprentissage. Le chercheur québécois Steve Masson, spécialiste de la question, propose un certain nombre de leviers motivationnels. Selon lui, la motivation peut se définir comme « la volonté d’agir pour atteindre un but malgré les efforts qui sont requis ». Il faut donc consentir à produire des efforts pour atteindre des objectifs d’apprentissage, qui doivent être clairement identifiés et explicités par l’apprenant ou le formateur.

Notre sondage montre que notre échantillon d’étudiants fournit un effort conséquent dans leur processus d’apprentissage puisque 30% d’entre eux estiment travailler plus de 40h par semaine, ce qui est considérable ! Pourtant, l’estimation de leur réussite aux épreuves n’est pas plus importante que ceux qui ont jugé avoir travaillé moins, et leur estimation est même équivalente à ceux qui jugent avoir travaillé entre 0 et 10h par semaine… La fameuse balance « coût/bénéfice » est alors déséquilibrée.

Estimation de la réussite aux examens par les étudiants

La réussite résulte en fait d’un processus combinant effort et mise en œuvre de stratégies efficaces, comme l’effet de récupération en mémoire et l’effet d’espacement des révisions. Sans cette combinaison pas de réussite, or c’est justement réussir qui motive ! De plus, Steve Masson insiste sur le fait que l’analyse du coût/bénéfice est déterminée par le fait de croire que l’on peut s’améliorer et que l’on va réussir.

Se motiver par l’erreur et la correction

 

Un des blocages universels pour se motiver est de considérer les erreurs durant l’apprentissage comme un véritable échec. Pour beaucoup, l’effort et l’erreur témoignent d’une inaptitude immuable : c’est ce que la psychologue Carol Dweck désigne par l’« état d’esprit fixiste ».

Changer de croyance sur le rôle des erreurs et de l’effort nous permet d’adopter « un état d’esprit de croissance » en considérant qu’erreurs et efforts nous placent dans notre zone de progression. Accepter de faire des erreurs et de produire un effort puis constater notre réussite avec des indicateurs fiables, tangibles, c’est la voix vers le progrès, la conviction de pouvoir développer ses capacités et le bien-être. Cette démarche favorise la mise en place d’un cercle vertueux entre effort, réussite, et satisfaction ce qui nous motive à reproduire l’effort.

Se concentrer par la mobilisation de toute notre attention

 

L’attention est sélective puisque nous avons un filtre attentionnel qui nous permet de traiter une certaine quantité d’informations à un instant t. Dans notre société “hyperconnectée”, l’attention est soumise à des stimulations perpétuelles. Notre système attentionnel est souvent débordé. Nous devons alors redoubler de vigilance pour le préserver des perturbateurs extérieurs et éviter une surcharge mentale

Jean-Philippe Lachaux, chercheur et spécialiste de la question, insiste sur le besoin de prendre soin de son attention. Comment faire ? Tout d’abord, on peut éviter la distraction en ayant des intentions claires d’apprentissage et en sélectionnant par avance ce qui est important à réaliser comme tâche à l’instant présent. Résister à la distraction se fait également en s’écoutant, en se contrôlant, en se surveillant soi-même, en essayant de ressentir lorsque notre attention se dissipe. Par exemple, quand nous avons terriblement envie d’écrire des messages à nos amis, en regardant par la fenêtre parce qu’on a besoin de prendre l’air, quand des bruits extérieurs captent trop notre attention, ou quand nos pensées divaguent et que nous oublions le fil de la tâche en cours. Il peut être aussi de découper des tâches complexes en sous tâches plus simples à réaliser et donc faire des sessions de travail plus courtes mais plus cadrées et efficaces pour mémoriser. 

Réaliser un « guidage explicite de l’attention » est difficile, mais en suivant ces nombreux conseils il est possible de mobiliser à nouveau son attention.

Rester motivé, concentré, et mieux apprendre : quels conseils donner ?

Connaître ses freins et sources de difficultés est déjà un bon début pour ensuite trouver des solutions. Il faut donc expliciter ses difficultés et comprendre leur origine pour y remédier plutôt que de se laisser submerger. 

• Ensuite, et cela peut paraître trivial, mais croire dans sa capacité à réussir est un levier motivationnel fort ! Cette croyance repose sur la conviction que la réussite repose sur l’entraînement plutôt que sur les prédispositions.

• Dans ce sens, il ne faut plus percevoir l’erreur comme un échec, mais utile et nécessaire pour notre progression (qu’est-ce que je ne sais pas encore mais que je serai capable de maîtriser bientôt ?). 

• Pour constater ses erreurs et être le témoin de sa progression rien de mieux que s’autoévaluer, et partir à la recherche de « feedback » correctif soit auprès d’amis, soit auprès d’enseignants et formateurs, ou tout simplement chercher la réponse dans les cours et manuels. 

• Il est important de trouver un équilibre entre difficulté et facilité, consentir à sortir légèrement de votre zone de confort en acceptant des erreurs… pour réussir !

• Ne pas bachoter mais bien planifier ses révisions est prépondérant pour préserver son attention, de même que choisir des stratégies d’apprentissage efficaces pour être pleinement engagée dans une tâche.

La méditation de pleine conscience peut notamment être une pratique intéressante pour apprendre préserver son attention, en faisant aussi des pauses régulières et en changeant de tâches ou de contenus, mais aussi d’environnement de travail et de posture de travail. 

 

À la loupe 5 : Comment les étudiants prédisent-ils leur réussite aux examens selon leurs méthodes d’apprentissage ?​

 Sur la base des réponses des étudiants aux questions précédentes, nous avons mis en relation l’estimation de la réussite aux épreuves du semestre et l’usage de certaines méthodes d’apprentissage (N=329).

Quelles informations pouvons-nous extraire du lien entre ces deux indicateurs ?

 

Estimation de réussite aux examens

Légende : 28% de l’échantillon n’utilise aucune méthode de récupération en mémoire, 41% utilise une méthode de récupération, et 30% en utilise au moins deux.

Un sentiment de réussite faible, en écho avec la faible motivation exprimée


Tout d’abord, on peut constater que le sentiment de réussite est faible. En effet, globalement l’estimation de réussite donnée par notre échantillon ne dépasse pas la moyenne (représentée par une note sur 20). Ce
faible sentiment de réussite peut notamment s’expliquer par les différentes difficultés ressenties par les étudiants, telle que la difficulté à maintenir une certaine motivation ou la capacité à rester concentré et à apprendre de façon optimale. Tout cela peut altérer la confiance en sa propre réussite et donc mener à une sous-évaluation des performances. 

Un apprentissage plus efficace génère un sentiment de réussite plus important


Ensuite, on remarque une légère différence dans cette estimation de la réussite entre les étudiants qui ont tendance à favoriser l’usage de méthodes de récupération en mémoire pour apprendre plutôt que des méthodes plus passives telle que la relecture. En réalisant cet effort de récupération des connaissances, cela peut faire office d’autoévaluation en repérant les points du cours qui posent encore problème. Ce processus de révision des connaissances utilisé en routine permet à terme d’
être plus sûr de soi et de sa capacité à réussir puisque l’apprenant sait où il en est vraiment. De plus, il stimule la capacité d’autorégulation de l’apprentissage en donnant des indices fiables et objectifs à sa métacognition pour mieux calibrer le déroulement des révisions. La mise en place de ce cycle vertueux de l’apprentissage autorégulé est facilité par la présence de « feedback » correctifs réguliers et riches, mais aussi par la motivation… qui est elle-même stimulée par le sentiment de réussite !

Estimation comparée entre pas de méthode et méthode espacée

Et l’on retrouve un résultat similaire en comparant l’estimation de la réussite des étudiants qui n’utilise pas de planning de révisions (40,4%) à l’estimation de ceux qui disent utiliser un planning de révisions espacée dans le temps (vs 59,6% de l’échantillon). Cette distribution de l’apprentissage au cours des jours et semaines avant la période d’examens permet sans doute de mieux gérer le flux de connaissances à maitriser, et de mieux gérer l’oubli ce qui doit en retour permettre de se sentir plus confiant dans sa capacité à réussir.

Savoir apprendre : quel conseil donner ?

« Savoir apprendre » ne permettrait pas seulement de mieux retenir et mobiliser des connaissances, mais indirectement de se sentir plus à l’aise avec son degré de maîtrise des connaissances puisqu’il ne serait pas soumis à de mauvais jugements métacognitifs. Savoir apprendre permet donc de mieux réussir, et mieux réussir est indispensable pour stimuler le vouloir apprendre !

Conclusion : l'enseignant, vecteur de diffusion des bonnes pratiques d'apprentissage

Lorsqu’on leur demande, la plupart des étudiants (re)prennent conscience qu’ils ont des difficultés de concentration, de motivation et de mémorisation. Et que c’est souvent un frein majeur à leur réussite académique. Devant l’ampleur de ces difficultés, la diffusion des bonnes pratiques d’apprentissage parmi les étudiants est un enjeu essentiel. L’enseignant est souvent la personne la mieux placée pour diffuser ces bonnes pratiques. Exemple naturel pour les étudiants, il incarne la réussite académique. Pourtant, les enseignants ne savent pas toujours expliciter de façon précise ce qui a fait leur réussite (concentration, persévérance, assimilation, …) ni comment développer ces qualités. Des formations existent pour s’approprier ces bonnes pratiques pédagogiques et développer le savoir apprendre des étudiants.

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