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Maxime, 21 ans, Paris. Un étudiant infirmier qui passe plus de 10 heures de loisirs par jour et se contente de surligner son cours du jour à 3 heures du matin pour se donner bonne conscience.

Si l’enseignement supérieur français a une vertu, c’est de délivrer un enseignement de qualité. Cependant la réussite d’une formation tient autant à l’enseignement, le travail de l’enseignant, qu’à l’apprentissage, le travail de l’apprenant. Comme son nom l’indique bien, l’enseignement supérieur est fortement tourné vers l’enseignement.

L’étudiant est censé y arriver en tant qu’apprenant mature, c’est-à-dire autonome pour assimiler l’enseignement. Or rare sont les difficultés des étudiants imputables à la qualité de l’enseignement. Elles témoignent plus généralement d’une incompétence de l’étudiant à assimiler l’enseignement de façon autonome, c’est-à-dire à auto-réguler efficacement son apprentissage.

La crise du Covid-19 va probablement exacerber ce déficit d’autonomie et les établissements du système éducatif vont bientôt devoir s’emparer de ce sujet. Heureusement des générations de chercheurs en psychologie cognitives se sont penchés sur ce problème et les solutions se dessinent. Il faut maintenant que les établissements s’en emparent et prennent le tournant de l’apprentissage auto-régulé pour le proposer à leurs étudiants.

 

1 – Les difficultés des étudiants à l’arrivée dans les études supérieures

Le passage du lycée aux études supérieures ressemble au passage de la natation avec des bouées à la natation sans bouée. Heureusement que l’échec scolaire ne tue pas.

Quelle autonomie d’apprentissage a été exercée jusqu’à la terminale ? Bien encadrés, et malgré leurs ressources les étudiants se retrouvent bien démunis, voir incompétents pour gérer de façon autonome leurs études à l’arrivée dans les établissements de l’enseignement supérieur. Cela se traduit par 5 types de difficultés liées à l’apprentissage en autonomie :

  • les difficultés de motivation,
  • les difficultés liées à la volonté,
  • les difficultés de concentration,
  • les difficultés de compréhension,
  • et les difficultés de mémorisation.

Toutes ces difficultés sont interdépendantes.

2 – Les conséquences prévisibles du confinement sur les résultats des étudiants

Travailler chez soi en autonomie demande de savoir planifier son temps, de résister à la tentation des divertissements et de persévérer dans l’accomplissement des tâches d’apprentissage. Par ailleurs, l’idée est répandue que compréhension et mémoire n’ont rien à voir, alors que c’est tout l’inverse.

Nous comprenons et nous interprétons le monde à partir de ce que nous en savons et de ce que nous savons y faire. Or où se trouvent nos savoirs et savoir-faire ? Dans notre mémoire.

La croyance qu’une information sur internet a la même valeur qu’une information dans la mémoire à long terme de l’individu témoigne d’une grande méconnaissance des processus cognitifs. 

Déjà en difficulté en temps normal à se discipliner pour apprendre leurs cours, les étudiants de la génération touchée par la crise du COVID ne sauront pas, en majorité, assimiler leur programme en autonomie chez eux. Ils disposent bien du matériel de base, mais pas du savoir-faire.

Absorbés par la gestion de la crise et de l’urgence, beaucoup d’établissement repousseront ce problème à plus tard. Il est fort à parier que les équipes enseignantes seront confrontés à un problème majeur en 2021 : la chute du niveau des étudiants. Le fossé entre étudiants autonomes et étudiants incompétents à l’étude en autonomie risque de se creuser tant que la présence normale en cours ne sera pas rétablie ou que les établissements mettent en place des mesures efficaces pour aider tous les étudiants à être autonomes.

3 – L’apprentissage auto-régulé

Depuis des décennies des chercheurs s’appliquent à identifier les caractéristiques de l’apprentissage des étudiants qui réussissent. Cette recherche a débouché sur la construction des modèles de l’auto-régulation des apprentissages. Pourquoi parler d’auto-régulation ?

Ce concept part du postulat que, comme pour les systèmes hormonaux, l’individu autonome régule son apprentissage par rapport à une norme qu’il porte en lui (ou plutôt à un ensemble de normes). S’il travaille trop, il lève le pied. S’il ne travaille pas assez, il met un coup de collier. S’il n’est pas efficace, il change d’approche, etc. L’auto-régulation est donc le respect d’une norme, c’est-à-dire d’une exigence. C’est souvent l’établissement d’enseignement qui impose les exigences aux étudiants : quel doit être son niveau, quel doit être son rythme de travail, quels cours doivent être abordés aujourd’hui. La source de la régulation de l’apprentissage provient alors en grande partie de l’environnement de l’étudiant. L’auto-régulation demande une intériorisation de cette régulation afin que l’étudiant soit apte à planifier et à exécuter ses apprentissages.

4 – Pas d’apprentissage sans prise de conscience, considération et décision

Les établissements et les étudiants doivent prendre conscience de l’importance de mettre en place un apprentissage auto-régulé efficace, de considérer les travaux scientifiques existants pour sa mise en place et de décider de la stratégie à adopter. Voici les bénéfices à attendre d’un apprentissage auto-régulé efficace :

  • L’apprenant auto-régulé construit sa motivation en donnant du sens à sa formation.
  • Sa volonté est effective : elle traduit sa motivation en actes.
  • Ses mécanismes de concentration lui permettent de catalyser son apprentissage et limitent l’intrusion des distractions dans son travail pendant le temps d’étude.
  • Il met à l’épreuve et évalue ses stratégies et ses tactiques d’apprentissages.
  • Il challenge ses connaissances et ses savoir-faire pour évaluer justement son niveau et ne pas se laisser tromper par une connaissance superficielle.

5 – Conclusion : prendre le tournant de l’apprentissage auto-régulé

Beaucoup d’étudiants, d’enseignants et de directeurs vont bientôt prendre conscience du tournant nécessaire à prendre vers un apprentissage auto-régulé efficace. Comme pour tout changement, les précurseurs prendront de l’avance et les conservateurs du retard. Les cartes seront rebattues. Les véritables gagnants seront les étudiants le jour où l’apprentissage auto-régulé sera enseigné à tous.

Nous pourrons alors espérer un certain recul des déterminismes sociaux et le rapprochement d’un succès au mérite, construit par l’étudiant, accompagné par le système éducatif. Il est maintenant temps de s’engager dans des programmes d’enseignement et d’aide à l’apprentissage auto-régulé pour améliorer l’efficience des étudiants.

6 – Pour aller plus loin

Crise du Covid-19 – Les médias alertent sur le décrochage des étudiants

L’appretentissage auto-régulé, un sujet de recherche important

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